Télésoin infirmier : comment la pratique à distance révolutionne les soins

Plan d’article détaillé – Télésoin infirmier : Révolutionner les soins à distance #

Qu’est-ce que le télésoin infirmier ? Définition, cadre légal et actes réalisables #

Au sens du Code de la santé publique, et tel que repris par la HAS et l’Ordre National des Infirmiers, le télésoin est une activité de pratique de soins à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication mettant en rapport un patient avec un auxiliaire médical. Pour les infirmiers, cela signifie la possibilité de réaliser des actes infirmiers de suivi, d’éducation, de prévention, via une visiotransmission sécurisée, sans contact physique, tout en maintenant la relation thérapeutique. Le guide de télésanté de 2023 précise que la vidéotransmission est le standard attendu, le téléphone seul étant réservé à des situations exceptionnelles d’impossibilité technique.

  • Télésoin : soins réalisés à distance par un auxiliaire médical (infirmier, pharmacien, orthophoniste, etc.).
  • Télémédecine : actes réalisés par un médecin (téléconsultation, téléexpertise, télésurveillance, téléassistance, régulation).
  • Télésanté : terme englobant télésoin et télémédecine.

Sur le plan normatif, le télésoin a été intégré dans la loi en 2019, puis décliné pour les infirmiers libéraux dans l’avenant 9 à la convention nationale signé avec l’Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie (UNCAM). Ce texte encadre les actes, les conditions de prise en charge et la rémunération. Les critères posés sont clairs : consentement éclairé du patient, décision partagée professionnel–patient sur le recours au télésoin, respect du secret médical, utilisation d’outils numériques conformes au Règlement Général sur la Protection des Dononnées (RGPD) et hébergement des données chez un Hébergeur de Données de Santé (HDS) certifié. La responsabilité professionnelle de l’infirmier reste pleinement engagée, notamment dans le choix de recourir ou non au télésoin en fonction de la situation clinique et des capacités du patient à utiliser le numérique.

  • Référence réglementaire : article L.6316‑2 du Code de la santé publique.
  • Textes conventionnels : avenant 6 (téléconsultation assistée), avenant 9 (télésoin infirmier) à la convention des infirmiers.
  • Encadrement déontologique : guide de télésanté de l’Ordre National des Infirmiers publié en octobre 2023.

Du point de vue opérationnel, l’Assurance Maladie autorise pour les IDEL quatre grands types d’actes de télésoin, inscrits à la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) et valorisés au même tarif que leurs équivalents en présentiel : surveillance après une hospitalisation pour insuffisance cardiaque ou BPCO, accompagnement à la prise médicamenteuse, suivi d’un patient insulino‑traité, surveillance d’un pansement simple à distance (dans une limite mensuelle). Les actes nécessitant un geste technique (injection, perfusion, pansement complexe, prélèvement) restent exclus, car ils supposent un contact direct ou un matériel non disponible au domicile.

À lire Télésoin infirmier : l’avenir des soins à distance réglementés

  • Suivi d’un patient diabétique de type 2 insulino‑traité : analyse des glycémies, adaptation des conseils, éducation à l’auto‑surveillance.
  • Surveillance après hospitalisation pour décompensation cardiaque : pesées quotidiennes, symptômes respiratoires, conseils d’adaptation du mode de vie.
  • Accompagnement d’une personne âgée sous polymédication : sécurisation de la prise médicamenteuse via pilulier et rappel structuré.

Nous devons bien distinguer télésoin et téléconsultation. La téléconsultation, telle que définie par la loi de 2010 et révisée en 2020, est un acte médical réalisé à distance par un médecin généraliste ou un spécialiste. Le télésoin infirmier, lui, est un acte de soins à distance dans le champ de compétences de l’infirmier. Une téléconsultation assistée ? peut associer un médecin en visioconférence, un IDEL au domicile du patient pour la prise de constantes et l’anamnèse, et le patient lui‑même. À l’inverse, une séance de télésoin autonome relèvera plutôt de l’éducation thérapeutique, de la prévention, ou du suivi d’un traitement chronique.

  • Scénario 1 : téléconsultation de médecin généraliste en campagne, avec une infirmière libérale qui prend la tension, la saturation et le poids, puis transmet en temps réel.
  • Scénario 2 : séance de télésoin d’une infirmière en pratique avancée (IPA) en cancérologie, dédiée à l’accompagnement des effets secondaires d’un traitement oral à domicile.

Les avantages du télésoin pour les patients : accessibilité, continuité et qualité des soins #

Pour les patients vivant dans les zones rurales, les déserts médicaux ou les quartiers périurbains mal desservis, le télésoin représente un levier puissant de réduction des inégalités d’accès à la santé. Les données du Ministère de la Santé montrent qu’en 2022, près de 6 millions de Français vivaient à plus de 30 minutes d’un service d’urgences, et qu’une part importante n’a pas de médecin traitant. Les IDEL, très implantés dans ces territoires, peuvent utiliser le télésoin pour maintenir un lien régulier avec des patients chroniques, éviter les ruptures de suivi et limiter les déplacements lourds.

  • Personnes en Affection de Longue Durée (ALD) : diabète, insuffisance cardiaque, BPCO, cancers, insuffisance rénale.
  • Personnes à mobilité réduite : patients en fauteuil roulant, porteurs de handicaps, patients en HAD (Hospitalisation à Domicile).
  • Personnes âgées isolées : résidents d’EHPAD ou vivant seules à domicile.

Le télésoin renforce la régularité du suivi. Pendant la crise sanitaire de 2020, la part des actes de télésanté est montée jusqu’à plus de 20 % des consultations médicales remboursées sur certains mois, et si elle a ensuite baissé, elle reste depuis 2021 à un niveau estimé entre 2 et 4 % des actes, ce qui témoigne d’un usage devenu structurel. Pour les patients souffrant de maladies chroniques, cela se traduit par des contacts plus fréquents, plus courts, mais plus ciblés, permettant de détecter précocement des signes d’alerte (prise de poids brutale, décompensation respiratoire, déséquilibre glycémique) et d’ajuster les conseils sans attendre le prochain passage au domicile.

  • Consultations infirmières à distance intercalées entre deux visites physiques, pour réajuster le régime alimentaire ou revoir la technique d’injection d’insuline.
  • Suivi rapproché les premières semaines suivant une hospitalisation en cardiologie ou en pneumologie.
  • Entretiens réguliers d’éducation thérapeutique, intégrés dans un programme structuré validé par l’Agence Régionale de Santé (ARS).

Sur le plan vécu, beaucoup de patients rapportent un gain de confort et de sérénité. Une personne insuffisante cardiaque de 78 ans suivie en Île‑de‑France peut, par exemple, échanger deux fois par semaine en visioconférence avec son infirmière, depuis son salon, avec la présence de son aidant familial, plutôt que de se déplacer en consultation spécialisée. Un patient diabétique de type 1 utilisant un capteur de glucose connecté peut partager ses données via une application, et bénéficier d’un accompagnement à l’auto‑ajustement de ses doses, ce qui augmente son sentiment de maîtrise sur sa maladie. Nous constatons que ce type d’échange favorise la co‑construction du projet de soins et l’ empowerment ? du patient.

À lire Bourrelet de cicatrice césarienne : définition, caractéristiques et solutions

  • Possibilité de faire participer un proche aidant, même à distance, depuis une autre ville ou un autre pays.
  • Explications répétées, avec partage d’écran, pour montrer des schémas, des résultats ou des plannings de prise.
  • Réduction du stress lié aux salles d’attente, aux transports médicaux et à l’organisation logistique.

L’impact économique n’est pas négligeable. Pour un patient habitant à 30 km d’un cabinet ou d’un hôpital, un télésoin peut éviter des frais de transport de l’ordre de 20 à 60 euros par déplacement, selon les barèmes des taxis conventionnés ou des VSL, sans compter le temps de trajet et la perte de revenus liée à l’absence au travail. À l’échelle du système, des études publiées par des organismes comme la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) ou la Cour des Comptes estiment que la télésanté pourrait générer des économies via la réduction des hospitalisations évitables, surtout pour l’insuffisance cardiaque et le diabète, de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros par an à horizon 2025–2030. Selon nous, cet impact sera d’autant plus marqué que les programmes de télésurveillance et de télésoin seront bien intégrés dans les parcours de soins coordonnés.

  • Baisse des coûts indirects : déplacements, stationnement, garde d’enfants.
  • Probable diminution des passages aux urgences grâce à la détection précoce des décompensations.
  • Maintien plus long à domicile de personnes fragiles, retardant l’entrée en institution.

Les défis et limites du télésoin infirmier pour les professionnels de santé #

Malgré ses atouts, le télésoin ne peut pas répondre à toutes les situations. Certaines prises en charge nécessitent une évaluation complète en présentiel : plaies complexes à risque d’infection, suspicion de sepsis, douleur aigu? thoracique, dégradation brutale de l’état général. La HAS a publié en 2021 des critères d’éligibilité au télésoin, rappelant que l’infirmier doit apprécier, pour chaque patient, la capacité à communiquer, l’environnement, le niveau de compréhension, et le besoin d’examen physique. Le discernement clinique de l’infirmier reste central : il doit savoir renoncer au télésoin et déclencher une visite à domicile, une consultation en cabinet ou une orientation vers les urgences.

  • Cas non adaptés : suspicion d’AVC, douleur abdominale aigu?, trouble de la vigilance, chute avec traumatisme.
  • Situation borderline : plaie d’ulcère veineux en phase d’aggravation, pour laquelle une vidéo ne suffit pas toujours.
  • Limites de la vidéo : absence de palpation, difficulté à apprécier certaines odeurs ou textures de plaie.

Les contraintes techniques sont réelles. Le télésoin suppose une connexion haut débit stable, un smartphone ou une tablette récents, une webcam de qualité, et un environnement calme. Or, selon les données de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques (ARCEP), environ 4 à 5 % des ménages restent en situation de zone blanche ? ou de couverture très dégradée en France métropolitaine. La fracture numérique touche aussi les personnes âgées peu familiarisées avec les interfaces, et les publics précaires. Pour y répondre, certains territoires, soutenus par les Agences Régionales de Santé, ont mis en place des cabines de télésanté, des espaces numériques en maisons de santé pluri‑professionnelles, ou un accompagnement spécifique des aidants.

  • Pré‑requis techniques : connexion internet, terminal équipé, logiciel de visioconférence sécurisé, casque audio si nécessaire.
  • Accompagnement : tutoriels, assistance téléphonique, implication des proches, intervention des médiateurs numériques financés par les collectivités.
  • Solutions territoriales : bornes de télésoin en maison de services au public, en pharmacie d’officine, ou en mairie pour certains projets pilotes.

La question de la confidentialité et de la sécurité des données de santé reste un point de vigilance. Les autorités, dont la CNIL, la HAS et l’Ordre National des Infirmiers, déconseillent l’usage d’outils grand public non sécurisés, comme des messageries non chiffrées. Les plateformes de télésoin doivent être conformes au RGPD, recourir à un hébergement certifié HDS et assurer le chiffrement des flux. Côté professionnel, la tenue de la séance dans un lieu clos, sans tiers non autorisé, est une exigence déontologique. Côté patient, l’infirmier doit rappeler que la séance ne doit pas se dérouler dans un lieu public, ou devant des personnes non informées.

À lire Massage périnée grossesse : bienfaits, techniques et conseils pratiques

  • Risque : banalisation de la visioconférence, utilisation de plateformes non certifiées, stockage local de données sensibles.
  • Réponse : chartes internes, formation obligatoire au numérique en santé, inscription des outils conformes dans les référentiels régionaux.
  • Traçabilité : rédaction systématique d’un compte rendu de télésoin, intégré au dossier de soins ou à Mon Espace Santé.

Du côté des infirmiers, l’adoption du télésoin progresse, mais reste hétérogène. Selon des enquêtes menées par l’Ordre National des Infirmiers et des unions régionales (comme l’URPS Infirmiers PACA) entre 2021 et 2023, une part significative d’IDEL déclare avoir déjà réalisé des actes de télésanté, mais la fréquence reste modérée, avec des actes qui doivent, d’après la convention, représenter moins de 20 % de l’activité globale. Les freins identifiés sont la crainte de déshumaniser le lien, le manque de formation, les incertitudes sur la facturation, et le temps de préparation technique. À l’inverse, beaucoup soulignent le gain de souplesse organisationnelle et la valorisation de leur expertise clinique, notamment pour l’éducation thérapeutique.

  • Freins : formation insuffisante au télésoin, perception d’une complexité administrative, investissement matériel.
  • Atouts ressentis : meilleure gestion du temps, possibilité de regrouper plusieurs télésoins sur un créneau, sécurisation des suivis chroniques.
  • Incitations : aides à l’équipement de 350 € pour la vidéotransmission et 175 € pour les dispositifs connectés, mises en place par la convention nationale.

Comment se déroule concrètement une séance de télésoin infirmier ? #

Pour un patient, le parcours commence le plus souvent par la proposition d’un télésoin à l’occasion d’une visite en présentiel, ou lors d’un contact téléphonique avec l’infirmier. Celui‑ci évalue l’éligibilité au télésoin : type d’acte, stabilité clinique, autonomie numérique, disponibilité d’un aidant. Les critères posés par la HAS incluent la capacité à communiquer, la compréhension des consignes, et l’accessibilité technique. Après information claire sur les modalités, l’infirmier recueille le consentement, qu’il note dans le dossier. La prise de rendez‑vous peut se faire par téléphone, via une plateforme de prise de rendez‑vous en ligne (comme Doctolib, acteur majeur de la e‑santé en France), ou depuis le site internet du cabinet infirmier, parfois couplé à des messages de rappel automatiques.

  • Évaluation initiale : situation médicale, besoins de suivi, environnement technique, souhaits du patient.
  • Décision partagée : choix entre télésoin, visite à domicile ou consultation au cabinet.
  • Organisation : créneaux dédiés aux séances à distance pour optimiser la journée de travail.

En amont de la séance, l’infirmier envoie un lien de connexion sécurisé (par SMS ou e‑mail), avec un rappel des consignes : se connecter quelques minutes avant, prévoir les dispositifs de mesure (tensiomètre, glucomètre, balance), rassembler les ordonnances et comptes rendus récents. Au début de la séance, l’identité du patient est vérifiée, les conditions techniques sont testées (son, image), et le dossier de soins est ouvert. Beaucoup de logiciels métiers infirmiers, comme Albus ou TeleCare pour le secteur santé, proposent des modules intégrés de télésoin avec agenda, fiches patient et facturation.

  • Préparation : vérification du matériel côté patient, mise à jour du dossier informatique, récupération des dernières données cliniques.
  • Check‑in : contrôle de l’identité, rappel du cadre (durée, objectifs, confidentialité).
  • Support administratif : codage anticipé de l’acte de télésoin selon la NGAP.

Pendant la séance, nous suivons généralement une séquence structurée : accueil, recueil des plaintes et de l’anamnèse ciblée, observation à l’écran (coloration cutanée, fréquence respiratoire, état d’un pansement simple), analyse des mesures fournies par le patient (tension, glycémie, poids), puis réalisation de l’acte de télésoin proprement dit : éducation thérapeutique, vérification de l’observance, conseils de soins, prévention. La séance se termine par une reformulation des messages clés, la vérification de la compréhension, et la planification du suivi (nouveau télésoin, visite en présentiel, alerte au médecin traitant).

À lire ménopause et douleur articulaire

  • Scénario diabète : examen des courbes de glycémie via une application type LibreView (écosystème Abbott), révision des doses d’insuline en accord avec le protocole médical, conseils alimentaires.
  • Scénario post‑hospitalisation cardiaque : analyse de la pesée quotidienne issue d’une balance connectée, renforcement des consignes de restriction hydrosodée, détection d’une prise de poids de plus de 2 kg en 3 jours déclenchant un contact avec le cardiologue.
  • Scénario pansement simple : inspection visuelle du site, rappel des consignes d’hygiène, vérification de l’absence de signes d’infection (rougeur, chaleur, écoulement).

Après la séance, l’infirmier rédige un compte rendu daté, mentionnant l’acte réalisé, les éléments cliniques recueillis, les conseils donnés, les décisions prises (poursuite du suivi, adaptation de la fréquence, alerte). Ce compte rendu est archivé dans le logiciel de soins et peut être transmis, via messagerie sécurisée de santé (type MSSanté), au médecin traitant ou à l’équipe hospitalière référente. L’intégration dans le Dossier Médical Partagé ou dans Mon Espace Santé contribue à une meilleure coordination. La facturation suit les règles de la NGAP : les actes en télésoin sont valorisés comme leurs équivalents en présentiel, sous réserve des conditions (patient connu, zonage, plafond de 20 % de l’activité à distance).

  • Traçabilité : preuve de la réalisation de l’acte, utile en cas de contrôle ou de litige.
  • Coordination : informations partagées avec les médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, services d’HAD.
  • Économie de temps : facturation et télétransmission parfois automatisées via les logiciels métiers.

Les outils et technologies incontournables pour le télésoin infirmier #

L’écosystème technologique du télésoin s’est fortement développé depuis 2020, avec l’émergence de plateformes dédiées. Des solutions de télésanté comme Doctolib Téléconsultation, acteur majeur du numérique en santé, ou des plateformes spécialisées pour les infirmiers, telles que Omnidoc pour la téléexpertise ou des offres intégrées proposées par des éditeurs de logiciels infirmiers, permettent de programmer et de réaliser des séances de télésoin en conformité avec les exigences HDS et RGPD. Certains établissements de santé, comme le Groupe Hospitalier Paris Saint‑Joseph ou les CHU de grandes métropoles (Lyon, Bordeaux, Lille), ont développé leurs propres portails patients avec modules de télésuivi infirmier.

  • Plateformes généralistes : Doctolib, Qare, Livi, intégrant parfois des espaces professionnels pour les paramédicaux.
  • Solutions orientées parcours : plateformes de télésuivi en insuffisance cardiaque ou en oncologie, co‑développées avec des industriels comme Philips Healthcare ou Siemens Healthineers.
  • Offres institutionnelles : portails régionaux soutenus par les ARS, interfaçables avec les dossiers hospitaliers.

Les objets connectés jouent un rôle croissant dans le suivi à distance. Des tensiomètres connectés (gammes Withings ou Omron), des balances intelligentes, des oxymètres de pouls Bluetooth, ou des glucomètres transmettant automatiquement les résultats complètent l’appréciation clinique. Les dispositifs de télésurveillance médicalisée financés par l’Assurance Maladie dans le cadre du programme ETAPES (insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, diabète, insuffisance rénale, pacemakers) génèrent des alertes que l’infirmier peut intégrer dans sa pratique de télésoin.

  • Transmission automatique des données vers des plateformes sécurisées, consultables via un tableau de bord.
  • Génération d’alertes de seuil (pression artérielle, saturation, poids, glycémie) avec priorisation des interventions.
  • Exemple : suivi d’un patient insuffisant cardiaque avec une balance connectée Withings Body+ et des télésoins hebdomadaires pour adapter les conseils et détecter une décompensation.

Les logiciels de gestion de cabinet infirmier intègrent désormais, pour la plupart, des fonctionnalités de télésoin : agenda partagé, dossiers patients, télétransmission SESAM‑Vitale, messagerie sécurisée, voire modules de visioconférence intégrés. L’enjeu, pour les prochaines années, sera l’interopérabilité avec les systèmes des médecins, des pharmacies et des hôpitaux, grâce aux standards promus par l’Agence du Numérique en Santé (ANS) (référentiels INS, DMP, Pro Santé Connect).

À lire Les fondamentaux de la planification infirmier pour optimiser les soins

  • Logiciels infirmiers : Albus, Infimax, TéléVitale, proposant des modules de télésoin.
  • Interopérabilité : échange de données via des formats standardisés (HL7, FHIR) et usage du Identifiant National de Santé (INS).
  • Coordination renforcée : accès partagé aux plans de soins infirmiers et aux prescriptions médicales.

Pour choisir les bons outils, les infirmiers doivent arbitrer entre sécurité, ergonomie et modèle économique. Nous recommandons un choix guidé par une grille structurée : certification HDS de l’hébergeur, conformité RGPD, simplicité de l’interface pour des patients âgés, compatibilité avec l’environnement (domicile, EHPAD, HAD), coût de l’abonnement. Côté patient, la facilité d’utilisation et l’existence d’un support technique sont déterminantes. Dans cette logique, l’infirmier devient un véritable conseiller en outils numériques de santé, aidant les patients à paramétrer leur application, à connecter un tensiomètre ou à utiliser une plateforme de rendez‑vous.

  • Pour le professionnel : sécurité, stabilité, intégration au logiciel métier, coût mensuel supportable.
  • Pour le patient : application en français, interface simplifiée, aides visuelles, assistance téléphonique ou chat.
  • Rôle de l’infirmier : accompagnement au premier usage, vérification régulière de la bonne utilisation des outils.

L’avenir du télésoin infirmier : innovations, tendances et perspectives #

Nous observons déjà que le télésoin est passé d’une réponse d’urgence pendant la pandémie de Covid‑19 à une composante durable des politiques de santé publique. Le Ministère de la Santé et de la Prévention a réaffirmé, dans ses feuilles de route numériques 2023–2027, la volonté de consolider les usages de la télésanté, avec une attention particulière au télésoin des patients chroniques et à la prévention. Les évolutions réglementaires en cours, y compris les mesures annoncées pour 2026, visent à stabiliser les rémunérations, renforcer la reconnaissance du rôle des infirmiers dans la coordination des parcours, et adapter les plafonds d’actes à distance pour certains profils de patients.

  • Intégration du télésoin dans les programmes régionaux de santé et les projets des CPTS.
  • Élargissement possible du champ des actes autorisés, notamment pour les infirmiers en pratique avancée (IPA).
  • Reconnaissance accrue du rôle pivot des infirmiers dans le suivi des maladies chroniques à distance.

L’Intelligence Artificielle (IA) s’invite progressivement dans le télésoin. Des algorithmes de tri des alertes, développés par des entreprises de HealthTech comme Infermedica ou des grands acteurs comme Google Health et Microsoft Azure Health Data Services, sont capables d’analyser des flux de données de télésurveillance pour repérer des signaux faibles de décompensation. Pour les infirmiers, l’IA peut devenir une aide à la décision clinique : priorisation des patients à rappeler, suggestions de thématiques d’éducation à aborder, repérage de ruptures d’observance. Nous restons toutefois convaincus que le jugement clinique et la relation humaine ne seront pas remplacés : l’IA doit rester un outil de support, pas un substitut.

  • Cas d’usage : système d’alerte automatique lorsqu’un patient cardiaque dépasse un seuil de poids, déclenchant un télésoin dans les 24 heures.
  • Outils éducatifs : plateformes adaptatives proposant des modules d’éducation thérapeutique personnalisés en fonction des réponses du patient.
  • Perspective : intégration des modèles d’IA directement dans les logiciels métiers infirmiers, avec des explications transparentes des décisions.

Les objets connectés de nouvelle génération et la domotique de santé transforment aussi le maintien à domicile. Des capteurs de chute installés dans les logements, des détecteurs de mouvements, des systèmes de suivi du sommeil, ou des dispositifs de détection de fuite d’eau ou de gaz, reliés à des plateformes de télésurveillance, peuvent compléter le regard de l’infirmier en télésoin. Dans certaines régions, des expérimentations associant bailleurs sociaux, collectivités et équipes de soins primaires montrent un potentiel de réduction des hospitalisations non programmées chez les personnes de plus de 80 ans.

  • Capteurs à domicile : surveiller l’activité quotidienne, repérer une diminution de mobilité ou un isolement.
  • Domotique : automatisation de l’éclairage, des volets, du chauffage, pour réduire le risque de chute et améliorer le confort.
  • Interaction avec le télésoin : ajustement des visites et des séances à distance en fonction des signaux remontés.

Pour que ce futur se concrétise, la montée en compétences des infirmiers est déterminante. Les instituts de formation en soins infirmiers intègrent progressivement des modules sur le numérique en santé, la relation thérapeutique à distance, l’éthique des données. Les programmes de Développement Professionnel Continu (DPC) proposent depuis 2022 des formations spécifiques au télésoin. Nous voyons émerger de nouveaux modèles d’organisation : cabinets infirmiers hybrides ? combinant plages de visites à domicile et créneaux de télésoin, infirmiers coordinateurs de parcours à distance au sein de CPTS ou de réseaux de santé, infirmiers référents télésanté dans les établissements hospitaliers.

  • Compétences clés : maîtrise des outils numériques, conduite de l’entretien à distance, compréhension des enjeux juridiques.
  • Nouveaux rôles : infirmier coordinateur de télésurveillance, référent télésanté en établissement, expert en éducation thérapeutique digitale.
  • Organisation : structuration de plages dédiées, protocoles écrits, collaboration renforcée avec médecins, pharmaciens et kinésithérapeutes.

Conclusion : Vers une nouvelle ère des soins infirmiers à distance #

Le télésoin infirmier représente aujourd’hui une avancée décisive pour des soins plus accessibles, plus continus et plus personnalisés, particulièrement pour les personnes souffrant de maladies chroniques, les patients âgés et les habitants des territoires sous‑dotés. Nous considérons que le télésoin ne remplace pas la présence physique, mais la prolonge, en offrant un maillage plus serré entre les rendez‑vous en cabinet, les visites à domicile et les temps de vie quotidienne du patient.

L’équilibre se joue entre les bénéfices – accessibilité, continuité du suivi, confort, optimisation de la pratique infirmière, meilleure coordination médicale – et les défis – contraintes techniques, risques de fracture numérique, exigences déontologiques, besoins de formation. Selon nous, les infirmiers qui investiront ce champ avec discernement, éthique et pragmatisme renforceront leur rôle central dans le système de soins. Nous invitons les professionnels à se former, à tester progressivement le télésoin dans leur pratique, et les patients à en parler avec leur équipe de soins pour savoir si un suivi à distance peut s’intégrer harmonieusement à leur parcours.

  • Pour aller plus loin : consulter les ressources du Ministère de la Santé et de la Prévention, de la Haute Autorité de Santé et de l’Ordre National des Infirmiers, ainsi que les guides d’usage des plateformes de télésanté.
  • Échanger avec son médecin traitant et son infirmier pour définir la juste place du télésoin dans son suivi.
  • Surveiller les évolutions à venir entre 2024 et 2027, période où le cadre réglementaire et financier du télésoin va continuer à se consolider.

Gestion Cabinet Infirmier est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :